Laurie Poquérusse, notre professionnelle de santé du mois

Dois-je culpabiliser si je n'allaite pas ?

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13.10.2020
Infirmières

Fiche d'identité

Notre experte santé du mois : Laurie Poquérusse
Profession : Infirmière-puéricultrice et titulaire du Diplôme Universitaire en Allaitement Maternel
Ville :
Lyon
Son site de référence : VanillaMilk

L’interview Santé !

A l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement maternel, nous sommes allées parler « tétées » avec une experte de la question : Laurie Poquérusse.

Infirmière puéricultrice à l’Hôpital de la Croix Rousse à Lyon et maman de trois enfants, elle officie en service de réanimation néonatale depuis plus de douze ans. Récemment diplômée en Allaitement Maternel, elle est l’experte santé du site VanillaMilk. Bref, les bébés, le lait, tout ça, elle s’y connait !

Voici en résumé ce que nous nous sommes dits… Et attention, c’est un sujet sur l’allaitement sans culpabilité ajouté !

Allaitement Mère Nature

Mère Nature Speaking !  : Bonjour Laurie, vous exercez en réanimation néonatale – un endroit où les bébés ont plus que les autres besoins de lait maternel…Toutes les mamans des bébés dans ce cas allaitent ?

Laurie Poquérusse : Non, bien sûr. Les mamans ont des réactions très différentes dans ces cas-là. Certaines n’avaient pas prévu d’allaiter, d’autres n’y avaient pas encore vraiment pensé… Et leur accouchement prématuré fait qu’elles décident d’allaiter pour continuer un peu cette grossesse qu’on leur a retirée. Dans certains cas, cela permet de cicatriser un peu cette rupture brutale à laquelle on n’est jamais préparée. De notre côté, on les accompagne du mieux que nous pouvons et on les soutient dans cet allaitement qui est loin d’être celui dont tout le monde rêve…


” Dans certains cas d’accouchements prématurés, l’allaitement permet de cicatriser un peu cette rupture brutale à laquelle on n’est jamais préparée.”


Ce sont des allaitements compliqués ?

Ces allaitements-là commencent au tire-lait, mais le point positif c’est qu’elles voient le bénéfice direct de leurs efforts sur leur bébé… Nous avons d’autres mamans qui ne souhaitent pas allaiter leur bébé prématuré et ce, pour plein de raisons compréhensibles. Dans ce cas, en fonction de sa prématurité, l’enfant est nourri par du lait maternel venant du lacturium ou par du lait industriel.

 

Parlons maintenant des allaitements qui se passent dans des conditions disons plus « classiques ». On sait que même si de plus en plus de mamans essaient de donner le sein à la maternité. Seulement un bébé sur deux est encore allaité à un mois ! Pourquoi les mamans abandonnent-elles selon vous ?

Je pense qu’elles manquent d’informations et d’accompagnement. Les mamans ne sont pas soutenues correctement. On a aussi à faire à une grosse problématique liée à la rupture des liens intergénérationnels. Avant, nos mères nous apprenaient à allaiter, et elles-mêmes avaient été formées par leurs mères. Cette chaîne est cassée dans notre société. On se tourne donc vers les professionnels de santé qui dans la majorité des cas ne sont pas formés à l’allaitement. Beaucoup partent donc mal ou peu conseillées et abandonnent rapidement.


” Même si de plus en plus de mamans essaient de donner le sein à la maternité. Seulement un bébé sur deux est encore allaité à un mois !”


Que diriez-vous à une future maman qui se demande si elle va allaiter ?

Je lui dirais d’abord de ne pas culpabiliser, mais de faire un choix éclairé. Donc, je lui dirais de prendre le temps d’aller chercher des informations. Les cours de préparation à la naissance ne suffisent pas. L’allaitement y est abordé, mais de façon trop rapide. Il faut donc qu’elle se rapproche d’interlocuteurs tel que VanillaMilk qui l’orientera vers les bons interlocuteurs. Idéalement, il faut se poser les questions avant et avoir commencé à se constituer un réseau de soutien possible avant le démarrage. L’idéal, c’est d’avoir vu une professionnelle de la lactation certifiée IBLC (International Board of Lactation Consultant Examiners) avant d’accoucher comme ça, on en discute la tête froide avant d’être emportée par les hormones !

L’entourage peut donc aider ?

Bien sûr ! Et le conjoint plus particulièrement. Si le père n’accepte pas l’allaitement, on sait que ça ne fonctionnera pas. Il faut donc qu’il trouve sa place. Avec l’expérience, on constate aussi que beaucoup de mamans se sentent oubliées à la naissance de leur bébé. Et l’allaitement peut alors être vécu comme un enchaînement à ce bébé que tout le monde regarde. La maman a besoin d’être soutenue et entourée pour mieux allaiter mais pas seulement !


” L’allaitement peut être vécu comme un enchaînement à ce bébé que tout le monde regarde”.


Et pour finir est-ce que c’est vraiment mieux d’allaiter ?

La question que je déteste ! Oui, bien sûr, il y a plein de bonnes raisons d’allaiter. De nombreuses études montrent que c’est mieux pour la santé du bébé et de la mère. Mais, personnellement, je ne forcerai jamais une mère à allaiter. Parce que ça ne fonctionne que quand c’est un échange mutuel. Il vaut mieux une bonne relation au biberon, qu’une maman qui allaite en pleurant.

 

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