Je suis enceinte, dois-je me faire vacciner contre le COVID ?

Dr Nicolas Fontanarosa, Gynécologue-obstétricien

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10.08.2021
Les experts maternité de Mère Nature Speaking !

Fiche d'identité

Notre expert santé du mois : Dr Nicolas Fontanarosa
Profession : Gynécologue-obstétricien
Ville : Grasse dans les Alpes-Maritimes

Quand on est enceinte, on est soumise à de nombreux stress. Le Coronavirus en est un supplémentaire avec lequel il nous faut désormais composer. Mais entre la peur de l’attraper et la peur de se faire vacciner : on a de quoi se sentir un peu perdue !

C’est donc pour vous offrir une information fiable qui vous permettra de prendre votre décision de façon éclairée que nous avons fait le tour de la question avec le Dr Nicolas Fontanarosa, Gynécologue Obstétricien à la maternité du Centre Hospitalier de Grasse spécialisé en diagnostic Prénatal et en médecine fœtale, et intervenant au Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal du CHU de Nice.

Nous lui avons posé toutes nos questions sur LA question de l’été : vaccin or not vaccin ? Et sa réponse est claire !

Faut-il se faire vacciner quand on est enceinte ?

Bonjour Docteur, D’abord, première question : est-ce qu’être enceinte augmente le risque d’attraper le COVID ?

Oui, être enceinte augmente le risque d’attraper le COVID, et de faire une forme sévère. En effet, chez la femme enceinte, les défenses immunitaires diminuent naturellement pour que l’organisme ne rejette pas le fœtus. Le bébé qu’elle porte étant à 50% d’origine paternelle, son système immunitaire pourrait le considérer comme un corps étranger. Les femmes enceintes sont donc plus enclines à attraper les petits (et gros) virus auxquels elles sont exposées.

Le deuxième facteur de risque, c’est qu’être enceinte induit un bouleversement au niveau de la fonction respiratoire de la patiente. Plus la grossesse avance, plus le bébé comprime le diaphragme et les poumons. Et plus la future maman a des difficultés à respirer. Celles qui sont déjà mamans verront très bien de quoi je parle ! La femme enceinte au 2ème et au 3ème trimestre de grossesse devient donc une cible idéale pour le COVID !

Notez que le risque d’attraper le COVID et de faire une forme grave durant la grossesse est augmenté en cas de tabagisme, surpoids ou obésité, hypertension, diabète ou autres maladies chroniques.

Qu’est-ce qu’on risque si on attrape le COVID enceinte ?

La femme enceinte, vulnérable par rapport au COVID, a un risque augmenté de détresse respiratoire. On surveille donc les femmes enceintes infectées par le COVID au 2è et au 3è trimestre de manière rapprochée car leur état peut se dégrader de manière très soudaine et une hospitalisation peut alors être indiquée avec un traitement avec une oxygénothérapie et de la cortisone. Dans certains cas, lorsque la détresse respiratoire est plus marquée, un transfert en réanimation peut être décidé avec un risque d’intubation.

Par ailleurs, le COVID pendant la grossesse au 2è et au 3ème trimestre augmente le risque thrombo-embolique (phlébites, embolie pulmonaire…). Et il peut mimer une condition appelée prééclampsie avec notamment une augmentation de la tension artérielle.

Malheureusement, dans des cas extrêmes, des femmes enceintes y ont laissé la vie.

Enfin, il ne faut pas oublier que le virus pourrait s’associer à une condition appelée le COVID long encore méconnue par manque de recul justement. Une autre raison de se vacciner.

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Et pour le bébé, est-ce dangereux ?

Oui, ça peut l’être. Le COVID n’est pas associé a priori à une augmentation du risque de fausses-couches et de malformations congénitales. En revanche selon une étude scandinave récente, le COVID pendant la grossesse pourrait être associé à une augmentation de morts périnatales. Et ça semble logique, puisque le Covid peut engendrer une forte fièvre chez la mère et une diminution de l’oxygénation du bébé du fait des difficultés respiratoires de la patiente…

On parle aussi d’accouchements prématurés ?

En fait, ce qui rend le COVID si dangereux pour le bébé durant la grossesse, c’est que la dégradation souvent très soudaine des fonctions respiratoires de la femme enceinte infectée peut conduire l’équipe médicale à prendre la décision extrême de faire naître l’enfant prématurément.

A titre d’exemple, j’ai eu il y a quelques semaines une patiente atteinte du COVID au 3ème trimestre de sa grossesse. Elle est tombée dans le coma. Nous avons dû prendre la décision de lui faire une césarienne en urgence. Heureusement, l’histoire se finit bien. Nous avons pu sauver la maman et le bébé. Mais, sur le plan psychologique, ça a été extrêmement difficile pour elle d’accepter tout cela, et on le comprend aisément. Alors, évidemment toutes les femmes enceintes qui attrapent le COVID ne vont pas faire ça (et heureusement), mais ce risque existe.

On l’a compris, mieux vaut éviter d’attraper le COVID enceinte. Parlons donc du vaccin… Pour les femmes enceintes, seuls les vaccins à ARN messager sont autorisés. Pouvez-vous nous expliquer en deux mots de quoi il s’agit ?

Effectivement, il y a principalement deux vaccins autorisés pour les femmes enceintes et ils sont à ARN messager :

  • le Pfizer Biontech avec deux doses à distance de 21 jours ;
  • le Moderna avec deux doses à distance de 28 jours.

Comme beaucoup d’autres, le vaccin est introduit au niveau du muscle deltoïde et y reste– ce qui explique la douleur à l’endroit de l’injection. L’ARN messager rentre dans le cytoplasme des cellules (et non dans le noyau qui contient l’ADN). Là il apprend aux cellules de l’immunité à produire des anticorps dirigés contre le coronavirus. Cet ARN messager va être détruit au bout de quelques jours.

En deux mots, on n’injecte pas le virus, mais on donne à nos cellules la recette pour se défendre en cas d’attaque par le COVID.

Ces vaccins à ARN sont-ils nouveaux ?

Contrairement à ce qu’on entend souvent, les vaccins à ARN Messager sont étudiés depuis les années 1990. Le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) que l’on injecte aux enfants depuis longtemps repose sur la même technologie que le vaccin Anti-COVID. Donc, on a déjà du recul sur la technologie. Et, j’en profite pour préciser qu’ils ne contiennent ni métaux lourds, ni aluminium. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle !

Pourquoi en janvier dernier, on déconseillait aux femmes enceintes de le faire et puis, six mois plus tard, on leur recommande ?

C’est lié au fameux principe de précaution. Chaque jour, les données de la médecine sur le COVID évoluent. Avant de s’exprimer sur le sort des 800 000 femmes enceintes chaque année en France, il y a un travail de pharmacovigilance à faire. Quand le vaccin a été conçu, les études sur les animaux étaient rassurantes. Mais, elles n’étaient pas suffisantes pour préconiser le vaccin aux femmes enceintes. Désormais, nous avons accès aux données de cohortes de femmes enceintes qui ont été vaccinées. L’une représente 139 000 femmes enceintes américaines et l’autre 7 500 femmes enceintes israéliennes. Et chaque jour leur nombre augmente évidemment.

Et en France ?

Un registre français des femmes enceintes vaccinées (COVACPREG) est également en cours de constitution sous l’impulsion de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament).  A ce jour, on n’observe aucune différence en termes de complications entre les populations de vaccinées et de non-vaccinées. Si ce n’est la diminution drastique du nombre d’infections au COVID chez les vaccinées évidemment !

Jusqu’à présent, on recommandait la vaccination au second trimestre, maintenant, on peut se faire vacciner à n’importe quel stade de la grossesse. Pourquoi ?

On a pu constater que notamment dans les deux cohortes évoquées juste avant, la période à laquelle la femme enceinte était vaccinée n’avait pas d’incidence. Par contre, il faut bien garder en tête qu’au premier trimestre, il y a toujours malheureusement 15% de fausses couches – avec ou sans vaccin….

Et si j’ai déjà eu le COVID ou que je pense l’avoir eu et que je suis enceinte, est-ce que je dois me faire vacciner ?

Si vous avez eu le COVID même avant la grossesse (un test PCR positif suffit), alors une seule dose du vaccin suffit à partir de 2 mois après le début des symptômes du COVID.

Si vous n’avez jamais fait de test PCR et que vous avez un doute sur une possible infection COVID dans le passé, le mieux est de faire une sérologie pour mesurer le niveau d’immunité. Ensuite, il faudra prévoir une dose si la sérologie est positive et deux doses si la sérologie est négative.

Le vaccin peut-il impacter le développement du bébé ?

Non. Dans la population générale non vaccinée, il y a une incidence des malformations à la naissance de 2%. C’est la même sur la population de femmes enceintes vaccinées. Toujours sur les cohortes évoquées plus haut, il n’y a pas plus de malformations observées chez les bébés nés de mères vaccinées que chez les bébés nés de mères non vaccinées.

De plus, plusieurs études montrent que l’ARN messager ne traverse pas la barrière du placenta et n’est donc pas présent chez le fœtus ni dans le cordon ombilical. Par contre, les anticorps contre le coronavirus de la mère sont transmis au bébé comme les autres anticorps. Une des grandes inconnues pour le moment est de savoir combien de temps durera l’immunité chez le nouveau-né. L’avenir nous le dira !

réussir son allaitement

Peut-on se faire vacciner si on allaite ?

Oui ! L’ARN messager ne passe pas dans le lait, par contre les anticorps oui ! Ce qui nous pousse à encourager l’allaitement comme toujours chez toutes les mamans.

On entend souvent dire que le vaccin rend stérile. Est-ce fondé ?

Absolument pas. Des études scientifiques ont été faites sur la mesure de la réserve ovarienne et sur le sperme des personnes vaccinées. Il n’y a absolument aucune altération. Quant aux parents qui sont en parcours de PMA, on observe les mêmes taux de succès chez les populations vaccinées que chez les non-vaccinées.

On entend aussi beaucoup parler des cancers que le vaccin générerait. Qu’en pensez-vous ?

Que ça n’a pas de sens. Le noyau de la cellule n’est pas modifié, d’autant plus que l’ARN messager ne rentre pas dans le noyau des cellules, où est présent le génome humain. Il n’y a donc aucune raison que ça cause des cancers.

On entend aussi parler de cas d’effets secondaires dans les heures ou les jours qui suivent la vaccination. Quels sont-ils chez la femme enceinte ?

Ce sont les mêmes que ceux observés en population générale : la douleur dans le bras, une possible fatigue, des maux de tête, des douleurs au niveau musculaire et articulaire, des frissons et un peu de fièvre éventuellement, quelques ganglions parfois…

En gros, le vaccin mime de façon très atténuée ce que le COVID fait de manière à éduquer notre système immunitaire à reconnaitre et se défendre contre le virus. De façon rarissime, il peut y avoir des réactions allergiques, mais les centres de vaccination sont équipés pour prendre en charge ces éventuelles réactions. C’est d’ailleurs pour cela qu’on demande aux gens d’attendre une vingtaine de minutes après l’injection et qu’un entretien a lieu avant la vaccination.

Ces effets secondaires apparaissent dans les jours qui suivent l’injection ?

Oui, pour l’allergie c’est dans les minutes qui suivent (mais encore une fois, c’est excessivement rare). Et pour les autres symptômes (s’ils apparaissent), c’est dans les 10 jours qui suivent maximum.

Et au niveau de l’efficacité ?

Le vaccin est fiable à 95% environ en population générale. Et pour les 5% qui l’attrapent malgré le vaccin, ils font généralement des formes plus légères. De plus, la charge virale dans l’organisme est beaucoup plus faible et, il devient donc moins contagieux. Il faut savoir qu’actuellement 95% des malades en réanimation sont des non-vaccinés. Ceci fait dire à certains que le COVID est en train de devenir une épidémie des non-vaccinés.

Attention, même vaccinés, il faut évidemment continuer à respecter les gestes barrières.

Interview Dr Pfister

Enfin, comment expliquez-vous que certains médecins déconseillent le vaccin à leur patient ?

Le coronavirus a complétement déstabilisé le système de santé de notre pays. De nombreuses interventions chirurgicales ont été déprogrammées, les services de réanimation ont été saturés, la santé mentale de beaucoup a été ébranlée. Le bilan direct est éloquent avec déjà 112.000 morts directement liés au COVID en France, sans compter toutes les morts indirectes (maladies neuro et cardiovasculaires, cancers non pris en charges à temps).

Nous, professionnels de santé, avons payé un lourd tribut – et nos familles aussi. Encore aujourd’hui, nous sommes extrêmement sollicités et fréquemment débordés par cette crise sanitaire et nous n’avons plus toujours le temps de nous former et de nous mettre à jour. Ce manque de temps conduit parfois peut-être certains à dire « dans le doute, le vaccin ne le faites pas » ou alors « prenez plutôt tel ou tel produit pour booster votre système immunitaire ». De plus, les recommandations évoluent très vite, car de nouvelles études sont publiées régulièrement et viennent éclairer le débat et rendre obsolètes certaines informations qui semblaient évidentes jusque-là.

Mais pour vous, on ne doit pas hésiter ?

A la lumière des études scientifiques déjà publiées et des données qui sont vérifiables, il ne faut pas hésiter à se vacciner contre le COVID19. C’est d’abord une opportunité pour protéger sa santé, celle de sa famille et de son environnement professionnel. C’est également un acte citoyen fort pour tenter d’endiguer la progression de cette pandémie, préserver notre système de santé, notre économie et limiter l’aggravation des inégalités. Inégalités qui touchent inéluctablement les plus fragiles et les plus vulnérables dans le domaine de la santé, de l’éducation et du travail.


La vaccination pendant la grossesse est notamment recommandée par :

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